Pourquoi je pense sérieusement à rentrer en France : une autre réalité de l’expatriation

Revenir, ce n’est pas fuir — c’est se retrouver

Je suis arrivée pour la première fois aux États-Unis en janvier 2009, jeune fille au pair curieuse et pleine d’envies. Mon objectif était simple : apprendre l’anglais et découvrir ce pays que l’on idéalise tant depuis l’Europe. Fin novembre 2009, j’ai rencontré mon mari, et comme beaucoup d’histoires d’amour transatlantiques, tout s’est ensuite enchaîné : retour en France à l’été 2010, demande de visa fiancé à l’automne, puis les allers-retours jusqu’à mon installation définitive en juin 2011. Nous nous sommes mariés en août de cette même année.

Depuis, j’ai vécu 14 ans dans ce pays, à la campagne, en Pennsylvanie, un mari, un boulot stable, un petit lapinou et pourtant… je ne me reconnais plus dans cette vie.

L’autre facette de l’expatriation

On voit souvent les côtés idylliques de l’expatriation aux États-Unis, des familles installées dans de belles maisons, avec une maman au foyer, un papa qui gagne très bien sa vie, des enfants bilingues, et des retours réguliers en France pendant les vacances. Ces expériences existent, bien sûr et elles peuvent faire rêver.

Cependant, il y a d’autres histoires comme la mienne, par exemple. Celle d’une femme qui a travaillé dur dans un pays où elle ne se sent jamais tout à fait chez elle. D’un couple binational sans sécurité financière ni filet familial. D’une vie marquée par l’isolement, le stress, les sacrifices.

Le rêve américain a un coût invisible

Ce pays est immense, et il est vrai que certains Américains sont d’une gentillesse incroyable, mais, ce n’est pas une généralité. Il y a aussi beaucoup de relations superficielles, de sourires de façade, de jugements implicites. Ce n’est pas évident de se faire de vrais amis et encore moins quand on vit loin des grandes villes ou qu’on n’a pas d’enfants.

La vie quotidienne ici peut sembler pleine de promesses : grands espaces, opportunités, diversité, mais, si l’on n’a pas les bonnes circonstances — un très bon salaire, une communauté solide, un accès facile aux soins — la réalité est bien plus rude. Le travail est épuisant, les congés sont rares, le système de santé est anxiogène. La précarité n’est jamais loin, même quand on travaille à temps plein.

Ce n’est pas la faute de mon mari. C’est notre réalité. Nous avons fait du mieux que nous pouvions, mais le poids de cette vie est devenu trop lourd pour moi.

Ce ne sera pas facile. Mais c’est vital.

Je ne souhaite pas rentrer en France par caprice ou nostalgie, je souhaite rentrer parce que j’en ai besoin. Pour ma santé mentale, physique, émotionnelle. Pour retrouver un peu de paix. Pour me rapprocher de ma famille. Pour offrir à mon couple une chance dans un environnement où je pourrai enfin respirer.

Et mon mari ? Il ne parle pas français, il n’a pas de famille là-bas. Ce changement est énorme pour lui aussi, mais, il sait que je suis en train de me perdre ici. Il a choisi de me suivre, de faire ce saut avec moi, et, je serai là, chaque jour, pour qu’il ne vive pas ce que j’ai vécu ici : l’isolement, la solitude, le sentiment de toujours devoir se battre.

Et vous ?

Peut-être que vous vivez une expérience totalement différente aux États-Unis. Tant mieux. Peut-être que vous ressentez certaines choses que je décris, mais sans oser en parler. C’est à vous que j’écris. Il n’y a pas une seule façon de vivre l’expatriation. Et il n’y a pas de honte à dire que l’on veut rentrer.

Revenir, ce n’est pas échouer. C’est choisir de vivre pleinement.